lundi 18 janvier 2010

La métropole numérique

L'institut pour la ville en mouvement, fondée par le groupe Peugeot, organisait le 16 décembre à Sciences Po une semaine sur « les technologies de l'information sauveront-elles la planète USA? » en partenariat avec le cycle d'urbanisme de Sciences Po (Professeur Michel Michaud)


Christian Licoppe, professeur à Telecom Paris Tech, s'intéresse aux nouvelles formes de locomotion électriques avec différents types de mobilité, le tout couplé à des systèmes d'information sophistiqués qui permettent d'envisager des formes de transports mi-individuels mi-collectifs dont la disponibilité est toujours affichée.




Jean-David Margulici dirige le Centre pour l'Innovation de l'Université de Berkeley (CCIT) qui valorise la recherche et aide au déploiement des innovations dans les organismes publics car le centre est financé par le ministère des transports. Ce sont souvent des savoirs faire du type système d'information qui permettent de mettre au point des services de distribution de l'énergie électrique, de gestion du trafic de type covoiturage.

Il n'y a pas assez d'utilisateurs du covoiturage et le service sera maintenant proposé en péage. Google a mis en place des navettes avec information en temps réel des utilisateurs et possibilité de travailler dans les navettes grâce au wifi. Et l'entreprise valide ce travail comme temps salarié. Autre stratégie, la téléprésence de haute définition qui permet des réunions à distance de manière très réaliste.

A signaler également les services basés sur l'implication des utilisateurs grâce à leur portable qui montent des applications de « crowdsourcing » pour gérer les déplacements, cartographier. Dans ces domaines la capacité à générer des données de qualité dépend de la connaissance du domaine par les utilisateurs. Le frein c'est l'attachement des Américains à la voiture individuelle et l'absence de politique globale agressive contre la voiture privée. Le Zip Car du MIT reste exceptionnel. Aux USA les freins concernent la difficulté d'avoir des modèles économiques et la résistance au changement.


Carlo Ratti est directeur du Senseble City Lab qui regroupe 30chercheurs.Pour lui, il y a 10ans, pour gagner aux courses de Formule 1 on mettait l'argent sur la voiture et le pilote, aujourd'hui on met l'argent sur les systèmes électroniques de contrôle en temps réel. Dans l'urbanisme se monte un système individu-ville-technologie. La technologie, étant mobile, discrète et miniature, s'introduit partout : des senseurs, des émetteurs. La ville est une organisation rigide, la rue, la circulation, mais ses habitants peuvent changer de comportement. Si on cumule les données on a des résultats impressionnants, par exemple comparer les données des portables individuels et de ceux dans les transports collectifs pour comparer les densités.

A Singapour nous montons un laboratoire où les données publiques et les données en temps réel de la ville sont exploitées. Tous les capteurs sont utilisés par une coordination qui crée une ville qui fonctionne en temps réel. A Florence c'est un abri bus qui sert de support d'information. A Boston, avec Audi, la voiture bénéficie d'un véritable copilote « AIDA » qui mémorise les données en temps réel ainsi que les habitudes personnelles et propose des améliorations. Avec un vélo équipé de capteurs numériques et environnementaux vous pouvez enrichir les données sur la ville. La maire de Copenhague a déjà commandé 600 vélos et veut faire de sa ville la première sans émission de carbone.

Les traces digitales que nous laissons dans la ville peuvent être utilisées dans les recherches socio-économiques, permettant de comparer le macro et le micro de manière méditée. Prendre des photos il y a 20 ans n'était pas considéré comme un problème de vie privée, aujourd'hui avec les moyens de diffusion, c'en est un. Les plus âgés sont inquiets du Big Brother, les jeunes voient plutôt la petite sœur que big brother, le bonheur de partager les tracas de sa vie avec d'autres. Avec Trash Truck nous pouvons monitorer le trajet des ordures et promouvoir de meilleurs usages. Une étude, l'année dernière dans Nature, a démontré que les habitants des villes avaient des trajets de transports très routiniers

Les projets que nous avons montés et qui ont réussis ont eu à la fois les honneurs de la grande presse et des articles dans la presse spécialisée.


Anne Querrien remarque qu'avec la loi « Informatique et Liberté », il est interdit de désagréger des données globales pour redescendre à l'individu. Les neurosciences sont aujourd'hui payées par des entreprises pour étudier les routines. Un architecte français, Alain X, étudie les conséquences des pratiques de circulation sur l'urbanisme.


Pour Ratti, la miniaturisation des systèmes peut permettre d'oublier les machines pour se préoccuper des données, de l'humain. Nous pourrons aussi donner une dimension informationnelle aux bâtiments, aux monuments, le rêve de Michel Ange. Comment confronter micro et macro, qui va contrôler ces nouveaux systèmes? Les technologies RFID ne se développent pas par manque de normes communes.
En conclusion, une séance de haut niveau à la fois riche sur le plan théorique et fourmillant d'informations très concrètes.




mercredi 2 décembre 2009

Un vote et beaucoup d'interrogations !

L'Assemblée Nationale a adopté par 299 voix pour et 216 contre le projet de loi sur le Grand Paris. Les débats se sont tenus dans une grande confusion, beaucoup d’interrogations à droite, une véritable fureur à gauche. Christian Blanc a peiné, incapable de répondre aux multiples interrogations des députés. Son métro du XXIe siècle coûtera 21 milliards d’euros, le parti socialiste parle de projet "technocratique et autoritaire risquant de créer de nouvelles inégalités". Bertrand Delanoë reproche à Blanc d’avoir ignoré les travaux des 10 équipes d’architectes : « le véritable dessein du gouvernement à travers cette loi, est manifestement de reprendre la main sur la métropole de la région parisienne. »

Pour des raisons inexpliquées, le gouvernement a choisi de faire passer ce texte en procédure accélérée afin que la loi soit promulguée en mai 2010, la Société du Grand Paris constituée en juillet, le débat public commencera en septembre. Le tracé et les emplacements des gares seront définitivement fixés en juin 2011, après les contrats signés avec les communes, les travaux démarreront fin 2013. Conscient du malaise suscité par un projet Grand Paris, exclusivement consacré aux transports collectifs et budgété à hauteur de 35 milliards d’euros, le premier Ministre, invitant les 10 architectes à déjeuner, a confirmé sa volonté de leur passer commande d’idées sur le développement de la métropole. La Mairie de Paris et Paris Métropole veulent faire de même et l’Atelier International du Grand Paris regroupant l’Etat et les collectivités locales devrait ouvrir dans les jours qui viennent. Cette structure « ouverte et partenariale » devrait pouvoir passer des commandes à l’association des architectes du Grand Paris présidée par Christian de Portzamparc


Intervention de Christian Blanc

Siècle après siècle, Paris a conquis puis conservé une place d’exception dans le monde. La seule question que nous devons aujourd’hui nous poser est : voulons-nous que cela soit encore le cas demain ? Voulons-nous que Paris soit encore, comme l’écrivait Michelet, « le grand carrefour des routes des nations » et « le congrès permanent des âges et des peuples » ?

Voulons-nous attirer les talents et les inventeurs de demain et continuer à écrire notre histoire ? Voulons-nous que Paris soit une capitale mondiale de l’art de vivre ? Voulons-nous que Paris compte encore sur l’échiquier politique et économique mondial, mais aussi parmi les acteurs décisifs du monde scientifique, artistique, intellectuel ? Voulons-nous que le Grand Paris soit une « ville-monde » du XXIe siècle ?

Quand nous parlons du Grand Paris, nous entendons la France. Quand le Président de la République, Nicolas Sarkozy, décide de créer le Grand Paris, d’en libérer les potentiels, il s’agit d’un choix stratégique pour toute la nation.


Le Grand Paris, c’est le rayonnement de la France vers le monde, c’est une source d’attractivité pour le monde. Le Grand Paris, c’est une ville-monde pour la France.


Cette idée de ville-monde, l’historien Fernand Braudel nous l’a léguée. Que sont ces villes ?


Ce sont, à toutes les époques, les phares de l’innovation et de la création. Ce sont les puissances économiques, financières, décisionnelles, mais aussi scientifiques, technologiques et culturelles de leur époque.


Les villes-monde, ce sont les centres névralgiques mondiaux et les carrefours de voyageurs, d’idées nouvelles et d’excellences de tous ordres.


Les villes-monde, comme à la transition du Moyen-Âge vers la Renaissance, décrite par Braudel, ce sont les moteurs toujours en mouvement de la croissance.


Hier, les cités de la Hanse, Venise ou Anvers ; aujourd’hui Londres, New York, Tokyo et Paris. Et toujours, entre ces villes, règne une concurrence incessante, qui oblige à rivaliser d’excellence pour continuer à compter. Aujourd’hui, déjà, Shanghai et Bombay nous talonnent.


Hier, les villes des foires de Champagne, vers lesquelles convergeaient les étoffes du Nord et les épices d’Italie, donnaient déjà à Paris le statut d’une ville-monde, en dotant ce cœur de la France d’un incomparable rayonnement politique, économique, mais aussi intellectuel avec la Sorbonne, et artistique et spirituel, avec les cathédrales gothiques, qui témoignent encore de ce moment d’exception.


Aujourd’hui, les mécanismes sont les mêmes, à l’échelle plus vaste du monde globalisé : les villes-monde, en réseau avec d’autres villes-métropoles, forment des économies-monde.


Au-delà de ses portes que sont, aujourd’hui, ses gares TGV, ses aéroports internationaux et sa façade maritime du Havre et de Rouen, le Grand Paris ouvre sur Chartres, Le Mans, Orléans, Amiens et Reims, et au-delà encore sur toutes les grandes métropoles du territoire français, qui, par la mise en valeur de leurs complémentarités, constitueront une économie-monde. Car une ville-monde n’est jamais seule : elle fonctionne en synergie avec le monde entier, et dans le même temps tout un archipel de métropoles régionales se développe avec elle.


Aujourd’hui comme hier, la réussite du cœur de la France sera la réussite de toute la France,


Pour porter une telle ambition, seul l’État stratège, garant du temps long, peut s’engager. Et, du reste, au-delà des clivages partisans, personne ne lui conteste cette prérogative historique. C’est aussi pour cette raison que le Président de la République a souhaité créer un secrétariat d’État chargé du développement de la région capitale.

La RATP dans le collimateur

Un rapport confidentiel de la Cour des Comptes sur les finances de la RATP jette le doute sur les capacités de la Régie qui doit mener à bien le Grand Paris des transports. Les magistrats émettent des réserves sur les comptes de tous les exercices de 2001 à 2007 et remarquent que les procédures d’achat de la RATP ne sont pas conduites « avec toute la rigueur nécessaire ». La Cour note également que la RATP minimise systématiquement le coût de ses projets nouveaux et conclut que les études probables devront être confiées à des experts extérieurs. C’est bien ce que souhaite l’association patronale Syntec-Ingénierie qui s’inquiète des dispositions de la loi proposée par Christian Blanc, permettant à la RATP de bénéficier d’une « procédure négociée, sans publicité ni mise en concurrence ». De même la future société du Grand Paris pourrait confier la maitrise d’ouvrage et la maitrise d’œuvre à … la RATP. Aujourd’hui déjà plusieurs cadres de l’établissement public ont intégré la mission de préfiguration et la Société du Grand Paris sera logée dans des locaux de la RATP. Pierre Mongin, son Président, s’offusque de ces critiques et réaffirme qu’il entend bien « être présent à tous les stades des projets de transports du Grand Paris »

Les architectes du Grand Paris : une inquiétude qui n’empêche pas d’espérer encore !

Il a fallu plusieurs mois pour que les dix équipes d’architectes du Grand Paris se constituent en « Association des dix architectes du Grand Paris ». Leur espoir est que le préambule de la loi explique que ce premier texte ouvre une démarche d’urbanisme ensemble. Pour eux il faut avancer, l’immobilisme est un danger sur la question urbaine comme l’a rappelé leur président Christian de Porzamparc : « Le projet du Grand Paris, c’est permettre de vivre mieux, faire en sorte que cette métropole ne soit pas ségrégationniste, s’approcher des critères de la métropole de l’après Kyoto… et garder en tête que la vie économique de la France et de l’Europe ait besoin que cette métropole soit productive ». Et il faut aller vite dans les vingt deux milliards d’euros prévus pour ce premier volet du Grand Paris, espérons qu’il y aura quelques moyens mis à disposition pour les architectes-urbanistes du Grand Paris.

Décembre 2009/janvier 2010

Agenda du Grand Paris

> 3 et 4 décembre : L’école de la nature et du paysage à Blois présente lses travaux pluridisciplinaires sur le thème : « images du paysage, construction paysagères, forêt, marges urbaines »
9 rue de la Chocolaterie, Blois

> 4 décembre : Le centre culturel suisse organise un colloque sur : « Bâle, un modèle de région métropolitaine européenne »
20h, 38 rue des Francs Bourgeois, 75003 Paris

> 9 décembre : Au musée du Louvre, une conférence sur « Abou Dhabi : une capitale en construction ». Jean Nouvel présente son projet de musée d’art et Foster & Partners son projet de ville nouvelle à Masdar.
10h-18h auditorium du Louvre

> Jusqu’au 17 janvier : Jean-Jacques Lebel présente « soulèvements » avec quelques 300 œuvres de sa production ou de sa collection où la recherche du bonheur par l’amour et la révolution éclate dans chaque salle.
La Maison Rouge, 10 boulevard de la Bastille 75012

> Sortie du livre de Richard Sennett : « La conscience de l’œil : urbanisme et société » où l’auteur, après avoir critiqué le processus de neutralisation des espaces urbains, esquisse une nouvelle esthétique de l’espace où les citoyens pourraient affirmer leur qualité de sujet conscient.

> Un nouveau lieu éphémère sur le toit du Palais de Tokyo, le NOMYA, un restaurant transparent de douze couverts où se déguste une cuisine aussi expérimentale que l’installation de l’architecte Pascal Grasso. Une tôle perforée simule une aurore boréale. Le lieu ouvert sur un des plus beaux paysages urbains au monde est la garantie d’un diner magique.

jeudi 19 novembre 2009

Le Grand Paris à gauche

Le Front de Gauche tenait le 21 octobre un meeting à Ivry où l’architecte Paul Chemetov déclarait : « J’appelle à l’insurrection populaire pour construire un vrai Grand Paris. » alors que Christian Favier, président PCF du Conseil Général critiquait la version de Sarkozy d’une métropole « place boursière, ville d’apparat » . La loi du Grand Paris a également été dénoncée, car elle pourrait favoriser la spéculation foncière et la corruption. Paul Chemetov a rappelé qu’il souhaitait densifier les zones urbaines pour que la vie quotidienne et notamment l’emploi ne soit pas à plus d’une demi- heure de chez soi ? Ce qui n’explique pas, pour Anicet Le Pors, qu’on détruise « un système historiquement fondé avec les communes, les départements et la nation ».
Dans une tribune du Moniteur (6 novembre) le même Chemetov, fort de son expérience de Président du Conseil Scientifique de la consultation des dix architectes, critique âprement la fonction même du Secrétaire d’Etat Christian Blanc : « Peut-on administrer la question urbaine comme on administre un protectorat ou doit- elle être la question même qui sous-tend la vie politique, l’engagement des élus, l’intervention des citoyens ».
Vient ensuite une charge très dure contre Christian Blanc qui met en doute ses compétences, voir son intégrité : « Est-ce parce que Christian Blanc présida Air France et la RATP qu’un tube vers un aéroport est son seul souci ? » et de terminer par une bonne synthèse des propositions des architectes, une durée évaluée à dix ans et un cout de cent milliards d’euros !