L'institut pour la ville en mouvement, fondée par le groupe Peugeot, organisait le 16 décembre à Sciences Po une semaine sur « les technologies de l'information sauveront-elles la planète USA? » en partenariat avec le cycle d'urbanisme de Sciences Po (Professeur Michel Michaud)Christian Licoppe, professeur à Telecom Paris Tech, s'intéresse aux nouvelles formes de locomotion électriques avec différents types de mobilité, le tout couplé à des systèmes d'information sophistiqués qui permettent d'envisager des formes de transports mi-individuels mi-collectifs dont la disponibilité est toujours affichée.
Jean-David Margulici dirige le Centre pour l'Innovation de l'Université de Berkeley (CCIT) qui valorise la recherche et aide au déploiement des innovations dans les organismes publics car le centre est financé par le ministère des transports. Ce sont souvent des savoirs faire du type système d'information qui permettent de mettre au point des services de distribution de l'énergie électrique, de gestion du trafic de type covoiturage.
Il n'y a pas assez d'utilisateurs du covoiturage et le service sera maintenant proposé en péage. Google a mis en place des navettes avec information en temps réel des utilisateurs et possibilité de travailler dans les navettes grâce au wifi. Et l'entreprise valide ce travail comme temps salarié. Autre stratégie, la téléprésence de haute définition qui permet des réunions à distance de manière très réaliste.
A signaler également les services basés sur l'implication des utilisateurs grâce à leur portable qui montent des applications de « crowdsourcing » pour gérer les déplacements, cartographier. Dans ces domaines la capacité à générer des données de qualité dépend de la connaissance du domaine par les utilisateurs. Le frein c'est l'attachement des Américains à la voiture individuelle et l'absence de politique globale agressive contre la voiture privée. Le Zip Car du MIT reste exceptionnel. Aux USA les freins concernent la difficulté d'avoir des modèles économiques et la résistance au changement.
Carlo Ratti est directeur du Senseble City Lab qui regroupe 30chercheurs.Pour lui, il y a 10ans, pour gagner aux courses de Formule 1 on mettait l'argent sur la voiture et le pilote, aujourd'hui on met l'argent sur les systèmes électroniques de contrôle en temps réel. Dans l'urbanisme se monte un système individu-ville-technologie. La technologie, étant mobile, discrète et miniature, s'introduit partout : des senseurs, des émetteurs. La ville est une organisation rigide, la rue, la circulation, mais ses habitants peuvent changer de comportement. Si on cumule les données on a des résultats impressionnants, par exemple comparer les données des portables individuels et de ceux dans les transports collectifs pour comparer les densités.
A Singapour nous montons un laboratoire où les données publiques et les données en temps réel de la ville sont exploitées. Tous les capteurs sont utilisés par une coordination qui crée une ville qui fonctionne en temps réel. A Florence c'est un abri bus qui sert de support d'information. A Boston, avec Audi, la voiture bénéficie d'un véritable copilote « AIDA » qui mémorise les données en temps réel ainsi que les habitudes personnelles et propose des améliorations. Avec un vélo équipé de capteurs numériques et environnementaux vous pouvez enrichir les données sur la ville. La maire de Copenhague a déjà commandé 600 vélos et veut faire de sa ville la première sans émission de carbone.
Les traces digitales que nous laissons dans la ville peuvent être utilisées dans les recherches socio-économiques, permettant de comparer le macro et le micro de manière méditée. Prendre des photos il y a 20 ans n'était pas considéré comme un problème de vie privée, aujourd'hui avec les moyens de diffusion, c'en est un. Les plus âgés sont inquiets du Big Brother, les jeunes voient plutôt la petite sœur que big brother, le bonheur de partager les tracas de sa vie avec d'autres. Avec Trash Truck nous pouvons monitorer le trajet des ordures et promouvoir de meilleurs usages. Une étude, l'année dernière dans Nature, a démontré que les habitants des villes avaient des trajets de transports très routiniers
Les projets que nous avons montés et qui ont réussis ont eu à la fois les honneurs de la grande presse et des articles dans la presse spécialisée.
Anne Querrien remarque qu'avec la loi « Informatique et Liberté », il est interdit de désagréger des données globales pour redescendre à l'individu. Les neurosciences sont aujourd'hui payées par des entreprises pour étudier les routines. Un architecte français, Alain X, étudie les conséquences des pratiques de circulation sur l'urbanisme.
Pour Ratti, la miniaturisation des systèmes peut permettre d'oublier les machines pour se préoccuper des données, de l'humain. Nous pourrons aussi donner une dimension informationnelle aux bâtiments, aux monuments, le rêve de Michel Ange. Comment confronter micro et macro, qui va contrôler ces nouveaux systèmes? Les technologies RFID ne se développent pas par manque de normes communes.
En conclusion, une séance de haut niveau à la fois riche sur le plan théorique et fourmillant d'informations très concrètes.




