jeudi 19 novembre 2009

Le Grand Paris à gauche

Le Front de Gauche tenait le 21 octobre un meeting à Ivry où l’architecte Paul Chemetov déclarait : « J’appelle à l’insurrection populaire pour construire un vrai Grand Paris. » alors que Christian Favier, président PCF du Conseil Général critiquait la version de Sarkozy d’une métropole « place boursière, ville d’apparat » . La loi du Grand Paris a également été dénoncée, car elle pourrait favoriser la spéculation foncière et la corruption. Paul Chemetov a rappelé qu’il souhaitait densifier les zones urbaines pour que la vie quotidienne et notamment l’emploi ne soit pas à plus d’une demi- heure de chez soi ? Ce qui n’explique pas, pour Anicet Le Pors, qu’on détruise « un système historiquement fondé avec les communes, les départements et la nation ».
Dans une tribune du Moniteur (6 novembre) le même Chemetov, fort de son expérience de Président du Conseil Scientifique de la consultation des dix architectes, critique âprement la fonction même du Secrétaire d’Etat Christian Blanc : « Peut-on administrer la question urbaine comme on administre un protectorat ou doit- elle être la question même qui sous-tend la vie politique, l’engagement des élus, l’intervention des citoyens ».
Vient ensuite une charge très dure contre Christian Blanc qui met en doute ses compétences, voir son intégrité : « Est-ce parce que Christian Blanc présida Air France et la RATP qu’un tube vers un aéroport est son seul souci ? » et de terminer par une bonne synthèse des propositions des architectes, une durée évaluée à dix ans et un cout de cent milliards d’euros !

L’architecture c’est la Culture !

Emu par la diatribe de Jean Nouvel, l’Elysée a demandé à Fréderic Mitterand de monter au créneau et « d’ouvrir les bras » aux dix architectes de plus en plus excédés par la tournure prise par les évènements. Ce qui nous vaut une tribune des Echos (2 novembre) où Mitterand rappelle que l’architecture est de son ressort et que « les MANQUE et les propositions, issues de la consultation conduite par mon ministre, éclaireront les choix et faciliteront, je l’espère, l’émergence de nouveaux projets urbains, paysagers et architecturaux ». Le « je l’espère » montre les limites de ses possibilités en la matière, c’est pourquoi il annonce aussitôt après : « Nous œuvrerons également aux côtés de Christian Blanc » et termine par une seule proposition concrète : « Je vais installer au Palais de Tokyo les dix équipes de la consultation, afin qu’elles puissent poursuivre leurs réflexions et accompagner les développements à venir ».

Coup de gueule en Banlieue !

Jean Paul Chapon est certainement, avec Pierre Mansat, celui qui suit le mieux l’actualité au jour le jour du dossier Grand Paris. C’est un point de vue de citoyen engagé mais sans aucun sectarisme. La création par Patrick Devedjian de la structure « Ile de France Métropole » dont la fonction est de mener une bagarre politique contre Paris Métropole suscite sa fureur : « Dire que le grand Paris relève de la farce, est malheureusement devenu un refrain obsédant, une sorte de mauvaise pièce dont les ressorts sont égoïsme, mesquinerie, manque de courage, absence de vision, manipulation, instrumentalisation, archaïsme, je préfère arrêter ici la liste »
Mais si la droite attaque aussi facilement Paris Métropole « c’est qu’elle s’est dotée d’un président, Jean Yves Le Bouillonec, maire de Cachan, dont le seul mérite semble avoir été son appartenance au PS. » Et la conclusion est sévère : « Le résultat c’est qu’au milieu de cette cacophonie, les Parisiens de l’intra-muros ou de banlieue, qui ne comprennent déjà pas grand-chose et ne s’intéressent pas au sujet, vont de moins en moins le comprendre et encore moins s’y intéresser. Ou peut-être vont-ils très bien comprendre que tout ceci ne les concerne pas. Qu’il ne s’agit que d’une bataille d’élus qui ont réussi à transformer un projet plein d’espoir dans la pire des tambouilles politicardes. On cherche avec tristesse la Ville de l’après-Kyoto, la métropole du XXIème siècle, la Ville unie et solidaire. Jean Nouvel a raison de s’insurger et de dénoncer comme d’autres un Grand-Paris réduit à une ligne de métro. Et les dix cabinets d’architectes feraient mieux de plier leurs planches et leurs crayons et aller ailleurs là où l’on est capable de penser la Ville autrement que comme le champ de bataille, terrain de jeu de politiciens uniquement intéressés par leur carrière politique, qui aura l’EPAD, qui conservera les Hauts de Seine, qui conservera sa mairie, son conseil général ou sa région et au passage qui niquera le projet de l’autre et le fera trébucher. (…) Quel beau résultat, élus grands-parisiens, de droite et de gauche, votre honte est à la taille de votre responsabilité et de votre échec collectif, qui est malheureusement le nôtre. »

Christian Blanc viré ?

On se souvient que, dans les années Mitterrand, Serge July, dans une tribune de Libération, expliquait au Président de la République qu’il n’avait pas d’autre choix que de se séparer de son Premier Ministre, en l’occurrence Pierre Mauroy. Cela nous valut un an de plus avec le gros Pierre. Il est bien probable que le coup de gueule de Jean Nouvel conforte durablement Christian Blanc à son poste de Secrétaire d’Etat à la région Capitale. Quant aux collègues de Nouvel, ils se trouvent pris en otages par ses déclarations qu’ils ne peuvent pas contourner même s’ils partagent beaucoup de ses analyses. Embarras du président de l’association des architectes du Grand Paris, Christian de Porzamparc, « Jean Nouvel va un peu vite en besogne. Nous n’en sommes pas encore à demander que le Secrétaire d’Etat soit démis de ses fonctions. »
La responsable de la communication de Christian Blanc a réagi violemment dans Télérama : « Après la déclaration d’amour de Jean Nouvel, Monsieur Blanc n’a évidemment aucune réaction à donner. Il laissera bourdonner les mouches du coche. »
Faisons le point donc sur les bourdonnements de ceux qui sont désormais considérés comme les mouches du Grand Paris, alors que c’est leur travail qui rend tout possible !
Christian de Porzamparc estime que Blanc va trop vite avec son projet : « A trop se presser on risque de se planter ». Il critique au passage le choix d’un équipement enterré et s’interroge sur son tracé réel. Le projet de transport est « nécessaire, mais pas suffisant. »
Yves Lion constate « Nous espérions enfin être passé au dessus de la technostructure, elle revient au galop. »
Antoine Grumbach reconnait des « erreurs de communication et de la précipitation » de la part du Secrétaire d’Etat. « Parallèlement au grand huit de Blanc, il aurait fallu d’autres chantiers. » Et de mettre en garde contre la politisation du débat car « Le Grand Paris doit être une grande ambition pour la France » Ce qui fait écho à ce que dit Nouvel dans sa tribune du Monde « Le Grand Paris n’est pas un champ de bataille. Il ne pourra s’épanouir que dans la compréhension et la hiérarchisation d’objectifs sociaux, humanistes et optimistes. »

Les tours et le Grand Paris vus par Thierry Paquot

Philosophe et directeur de la revue Urbanisme, Thierry Paquot, dans un entretien à la revue Mouvements, critique vertement les projets de tours prévus en région parisienne. Pour lui, il s’agit de symboles de puissance, de constructions ayant un impact antisocial, anti-urbain et énergétivore. La tour est mal vécue par ses habitants, suscite des malaises, est difficile à organiser en habitat mixte avec les discriminations par étage, par ascenseurs. C’est pourquoi les agents immobiliers ont du mal à vendre des tours qui ont des charges sociales lourdes.
Thierry Paquot critique également l’organisation du concours du Grand Paris qui n’a pas posé la question sur la taille et l’organisation territoriale capable de favoriser une démocratie municipale à l’échelle du Grand Paris. Des juristes, des politicologues auraient dû être consultés.
L’auteur insiste également sur la nécessité d’un travail sur les lotissements : « Les éco-quartiers sont encore aujourd’hui à l’échelle de l’expérimentation, ce sont presque des quartiers vitrines qu’il faudrait mettre en avant. Au lieu de dire à des équipes qu’il faudrait rivaliser de fantaisies pour le Grand Paris, il faudrait qu’ils rivalisent d’intelligence technique et esthétique pour faire des éco-quartiers avec des maisons individuelles. Car ce n’est pas antinomique. Je donne dans mon ouvrage quelques exemples comme les quartiers réalisés par Lucien Kroll ou Giancarlo de Carlo qui combinent des pâtés de maisons individuelles imbriquées les unes dans les autres où chacun a son entrée et son jardin suspendu. Trente ans après, les enfants ayant vécu dans ces éco-quartiers ne veulent pas les quitter. »
L’auteur, pour conclure, insiste sur un point important, à savoir la nécessité de prendre en compte à tous les niveaux une véritable pédagogie du fait urbain : « La société civile est aujourd’hui en France très éloignée de la préoccupation urbaine, malgré les agissements de nombreux maires de droite comme de gauche qui font des budgets participatifs, des réunions publiques… Il y a là un besoin de mettre sur la place publique la question de la ville. Il faut pour ce faire responsabiliser les gens et peut-être commencer par des classes de ville pour des enfants. Qu’ils habitent pendant quinze jours dans un formule 1 à l’entrée de la ville, qu’ils voient d’autres quartiers, qu’ils circulent, qu’ils prennent des photos, qu’ils fassent des enquêtes… qu’ils découvrent leur ville. Et qu’il y ait ensuite au niveau des enseignements des arts plastiques, de l’histoire ou de la littérature une découverte physique, matérielle et sensuelle de la ville par l’analyse des matériaux, des métiers dans une rue, des façades… Cela peut-être un prétexte extraordinaire pour faire de l’histoire et de la géographie – d’où viennent la chaux, la brique… Il faudrait donc faire d’un côté de la pédagogie à destination des enfants et de l’autre, une grande information auprès des habitants avec des concours d’idées, une fête de la ville. Enfin, l’Education nationale devrait favoriser des études urbaines comme aux Etats Unis ou en Angleterre (urban studies) ».

Pierre Veltz et le Grand Paris.

Ingénieur et sociologue, le nouveau responsable du Cluster de Saclay a suivi de près le projet Grand Paris auprès de Christian Blanc. Les réflexions que Pierre Veltz a faites au micro de France Culture le 30 juillet 2009 sont très pertinentes.
Il a par ailleurs établi la différence entre le Grand Paris et le projet Ville Nouvelle des années soixante. De Gaulle a voulu structurer la banlieue, établir des dessertes et de très grands ensembles urbains construits ex-nihilo. Aujourd’hui nous n’avons plus d’espace disponible, il faut « construire la ville sur la ville » et, autre différence, l’Etat n’a plus ni la possibilité politique ni les moyens pour tout prendre en charge. Avec Saclay se conçoit un cluster, c'est-à-dire une zone assez dense où s’organisera la synergie entre les universités, les laboratoires et les entreprises.
L’autre priorité du Grand Paris est de répondre à la crise quantitative et qualitative du logement en Ile de France pour toutes les catégories de population. Il faut donc trouver les moyens de mobiliser du foncier, de densifier certaines zones, ce qui suppose la remise en cause du découpage absurde de la région parisienne en micro collectivités, entrainant une gouvernance émiettée et complexe. L’Etat doit affermir son rôle sans nier la décentralisation et nous devons trouver une échelle de gouvernance adaptée aux grands projets !
Si l’Etat s’intéresse à cette région, c’est une bonne nouvelle, parce que la région parisienne, sa santé, son dynamisme, est un problème pour tout le pays, car elle est son premier pôle de richesse, qui profite à tous, et une vitrine mondiale.
Un autre enjeu du Grand Paris a pour but d’amener les architectes à concevoir des lotissements de maisons individuelles qui concilient le côté familial et une certaine densité. Cela fera partie des mesures qui vont estomper cette terrible coupure entre Paris intra-muros et la banlieue, cette inégalité dans les transports en commun et dans les services entre la capitale et sa banlieue
.

lundi 8 juin 2009

Colloque - Les médias et le Grand Paris

Dans le cadre des lundis de l'INA, une réflexion autour de l'audiovisuel, l'INA propose le Lundi 15 juin 2009 : Les médias et le Grand Paris

> Cycle Médias et architecture

A partir de l'initiative du Président de la République, le projet de Grand Paris offre l'opportunité d'observer la façon dont radios, télévisions et sites internet ont saisi les grands temps forts d'une consultation internationale. Jusqu'alors totalement inédit, ce concours d'idées a donné lieu à des diagnostics et des projets foisonnants ; comment les médias en ont-ils rendus compte ? Le débat s'organisera à partir de la diffusion d'extraits issus des collections de l'Ina.


Débat animé par Antoine Lefébure, historien, expert en traitement de l’information.


> Avec la participation de :

- Eric Alonzo, architecte, chercheur en architecture et en urbanisme- Monique Eleb, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture Paris-Malaquais, directrice du Laboratoire Architecture, culture et société- Bruno Le Dref, rédacteur en chef à France 2, chef du service culture, sciences et société- Michèle Leloup, journaliste à l’Express, co-auteur de "Le Grand Paris, les coulisses de la consultation", éditions Archibooks- Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit, membre du comité de rédaction de la revue Urbanisme.
Accès libre sur réservation (obligatoire) au 01 49 83 30 97 ou par courriel à inatheque-de-france@ina.fr