La crise économique qui s’abat sur l’Europe n’est guère propice à la conception de grandes infrastructures urbaines. Les architectes du Grand Paris y voient une raison supplémentaire pour que leurs propositions soient reprises par le gouvernement. Pourtant c’est le projet de métro géant qui a aujourd’hui la priorité. Après être passée devant l’Assemblée Nationale, la loi qui impose le projet de Blanc est passée, sans aucune justification, en urgence au Sénat. Bertrand Delanoe a beau jeu de qualifier le projet de passéiste, autoritaire et inefficace en mettant en doute ses capacités à être financé.Le Grand Paris en métro souterrain, un grand 8 qui permet à l’Etat de négocier des contrats de développement territoriaux autour des futures gares du réseau grâce à sa Société du Grand Paris qui lui permet d’élargir les paramètres des opérations d’intérêt national. C’est ainsi que se construit un Grand Paris qui se passe des réflexions des architectes comme du point de vue de ses habitants grâce à des négociations feutrées entre hauts fonctionnaires et élus plus ou moins réticents
Michel Cantal Dupart et plusieurs membres des équipes ont fait le pont lors d’un débat que la revue Traits Urbains a bien résumé : « Les chercheurs-auteurs de la majeure partie des études sont les grands perdants de la consultation. Pourquoi ? Parce que, d’emblée, le projet d’exposition régnait en maître. Etrange lorsque l’on sait que la constitution d’un groupe mixant chercheurs et architectes était « la » condition pour faire partie des équipes consultées. Les enjeux politiques et économiques auraient-ils conduit à utiliser ces équipes pour « séduire » les Franciliens, en donnant la priorité à l’image le temps d’une grande communication, pour ensuite exclure et bâillonner ces mêmes équipes? L’Etat se garderait-il ainsi de ce que Pierre Mansat appelle «l’émergence d’une volonté efficace et légitime à la dimension réelle de la métropole parisienne » ?
Aujourd’hui les dix équipes forment le comité scientifique du Secrétariat d’Etat au développement de la Région Capitale. A ceci près qu’elles ne se réunissent jamais, ne sont plus sollicitées et qu’aucune d’entre elles ne sait comment cela fonctionne… « Nous sommes comme du cresson autour du gigot » réalise Guy Burgel. Le « gigot », lui, serait partagé entre quelques grands investisseurs –tels que Bouygues Immobilier- qui possèdent désormais leur propre conseil scientifique et réalisent les grandes acquisitions foncières qui leur assureront un rôle de premier plan dans le projet du Grand Paris.
Plus optimiste, Michel Cantal-Dupart pense que, quoi qu’il en soit, le débat est lancé, même un « rouleau compresseur » ne pourrait pas y mettre un terme. »
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